Gaye Petek, portait d’une femme engagée dans la « mémoire des mains »

Toute sa vie, il avait gardé un intérêt profond aux arts de sa Terre, de l’Anatolie. Les artistes de son pays, ses poètes, ses “aşık”, ces troubadours anatoliens, ses peintres et ses architectes, avaient trouvé leur digne place dans ses lignes, ses traits. Mais surtout les mains, les doigts soigneusement dessinés… C’était Abidine Dino. Les mains, c’étaient sa signature…

Nous l’avons retrouvée dans la marque d’une association mythique, ELELE (main dans la main dans le texte), et derrière ces mains, nous avons rencontré une femme engagée, Gaye Petek. Tout comme les doigts entremêlés d’Abidine, des mémoires s’entremêlaient dans la vie de Gaye Petek pour en faire, finalement, une grande main. 

Mémoire vive des portraits de l’intelligentsia turque à Paris 

Fille d’un homme engagé, contraint de s’exiler hors de son pays, elle grandit à Paris au milieu des intellectuels. Paris, à l’époque, est la destination par excellence de refuge de l’intelligentsia turque. Elle grandit ainsi au milieu des grands noms du siècle avant d’étudier à la Sorbonne la littérature française, la sociologie et le théâtre, ce qui la mène à une thèse sur Karagöz, le théâtre d’ombres traditionnel. Après un bref intervalle stambouliote, un coup d’état militaire donne une nouvelle orientation à sa vie, elle choisit, à son tour, Paris pour refuge. 

Mémoire engagée et l’expérience « ELELE »

Par la suite, elle entre à la Fondation publique pour l’accueil des migrants et réfugiés et travaille pendant dix ans au sein du Service social d’aide aux émigrants (SSAE) durant les années 1970. Dans les usines, bâtiments, chantiers et baraques, elle fait la connaissance de paysans turcs, venus en France depuis leurs villages de Turquie. Elle va à leur rencontre jusque dans les tout petits villages pour parler avec eux. Le social rejoint ainsi la culture.

Puis, vient le moment où elle fonde « ELELE », structure associative mythique qui veut littéralement dire, « Main dans la main » en turc. Une poésie reprise en hommage à Abidine, qui a dessiné le logo.

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La structure grandit vite sur deux piliers, un pied dans le culturel et l’autre dans le social ; portant toujours en son cœur ses valeurs fondamentales : l’intégration des immigrées et immigrés de Turquie, et la protection des femmes. Dix ans de travail réussit ce fameux mélange imbriquant culturel et social, mettant les femmes et les enfants au cœur des échanges. Laissant un grand vide après sa fermeture en 2010…

Des centaines d’événements en 25 ans d’existence… Salons du Livre intitulé « La Turquie au fil des pages », Conférences, Vernissages, Expositions de peinture et de sculpture, Festivals de cinéma…

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Quelques années après la parution du livre, « Turcs de France, Albums de famille » chez Bleu Autour, c’est aussi cette mémoire qui donne naissance, ensemble avec la sociologue Ségolène Débarre, à un livre portant sur un demi-siècle de l’histoire de l’immigration économique turque en France. Paru aux Editions du Détour et écrit à quatre mains, ce livre projette une lumière claire sur les immigration(s) provenant de la Turquie. Une véritable galerie de portraits révélant toute leur humanité !

Mémoire vive de Paris

Et en dernier lieu, une mémoire parisienne… Tout comme son engagement, sa mémoire sur la ville qu’elle a vu se transformer est aussi très vive, Paris y gardant un côté intemporel. Gaye Petek s’émeut en parlant du bar à vin séculaire au Malesherbes dans le 17ème que Marcel Proust avait ses habitudes d’achat. Ou en évoquant ‘Le bateau ivre’  de Rimbaud qui est écrit le long d’un mur à Saint-Sulpice, dans un mouvement poursuivant le sens du vent comme quand Rimbaud le récitait depuis la terrasse d’un café de la place. La poésie est ainsi aussi présente chez elle qui co-traduit une anthologie des poèmes de Özdemir Asaf, poète turc d’un univers profondément original.

« Dessiner le bonheur »

Abidine Dino avait, lui-même, transmis à ses lecteurs, la célèbre interrogation de Nazım Hikmet, son grand ami : “Peut-tu dessiner le bonheur, Abidine ?”

Peut-on jamais dessiner le bonheur ? A cette question bientôt séculaire, on ne peut répondre que par un oui. Oui, on peut. Rien que par ses “mains” publiées en France, Abidin Dino, quinze ans après sa disparition, continue à le faire. Ayant connu Gaye Petek, ses multiples mémoires, ses mains dans plusieurs mains, Oui, aussi. On peut le dessiner. Comme chez Gaye Petek, d’une autre façon et à sa manière, en touchant tant de vies…

gayepetekturquoisesLes Turquoises remercient infiniment à Gaye Petek, pour son accueil chaleureux.

Auteur : initiativesturquoises

‘Les Turquoises’ ont vu le jour. Donnant la vie à de nombreuses expressions culturelles, artistiques et intellectuelles, c’est une plateforme éphémère d’initiatives culturelles provenant de la Turquie.

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