Gisèle Durero-Köseoglu, écrivaine française d’Istanbul

S’installer en Turquie

C’est en 1983 que je suis arrivée à Istanbul comme professeur de français au Lycée Saint-Michel, où j’ai travaillé neuf ans avant d’exercer au Lycée français Pierre Loti. Passionnée de littérature, j’avais déjà rêvé sur la ville d’Istanbul à travers les pages des livres. D’autre part, je venais de rencontrer mon futur époux, diplômé du lycée de Galatasaray et francophone. J’ai aimé d’emblée la ville et il m’a paru facile de pouvoir y habiter. A  l’époque, le mode de vie matériel était plus traditionnel que celui de la France, la société de consommation n’avait pas encore envahi le pays et j’avais l’impression d’avoir effectué un saut en arrière dans le temps mais je trouvais les gens spontanés et souriants. Aujourd’hui, la Turquie s’est considérablement modernisée et a tellement changé que, lorsque je raconte les souvenirs de cette période à des jeunes, ils me regardent avec des yeux ahuris. Mais je peux dire qu’il y faisait bon vivre car il régnait une certaine harmonie entre le modernisme et la tradition. Vivre à Istanbul ne m’a pas coupée de la France et de ma culture d’origine, car je suis très attachée à ma famille et j’ai toujours passé toutes les périodes de vacances scolaires à Cannes. Nous avons même écrit, en collaboration avec mon époux, Taceddin Köseoglu, un guide touristique sur ma région d’origine, La Côte d’Azur, destiné aux touristes turcs. Je me reconnais bien dans l’expression « une vie entre deux pays ».

Aimer Istanbul 

Je me suis très bien adaptée au quotidien, j’ai beaucoup aimé le mode de vie en Turquie, en particulier les relations humaines chaleureuses, et même la cuisine turque. J’ai beaucoup apprécié les habitudes stambouliotes, caractérisées par leur absence de rigidité, par exemple dans les invitations à l’improviste, les horaires des repas très souples ou les soirées à discuter entre amis. Et je peux dire que je suis tombée amoureuse de la ville d’Istanbul, essentiellement parce c’est un lieu de contrastes où les découvertes archéologiques n’en finissent jamais, où les traces du passé le plus lointain côtoient les gratte-ciel. Un simple itinéraire de promenade vous fait traverser les siècles, passer des murailles de Constantinople à une mosquée ottomane, d’une église byzantine à un centre culturel d’avant-garde accueillant des expositions internationales. Ce qui me fascine encore aujourd’hui dans cette mégapole et que je considère comme sa caractéristique essentielle, c’est la diversité de son patrimoine culturel et de ses habitants. Par contre, bien sûr, j’ai rencontré des difficultés sur d’autres points, par exemple, j’ai mis des années à pouvoir traverser la rue en me jetant dans le flot des voitures, comme cela s’est longtemps pratiqué. J’ai eu aussi du mal à m’habituer à la mentalité du « Bir şey olmaz ». Ou à accepter ce que je considérais comme un manque de perfectionnisme – ce que je dis est subjectif, évidemment- par exemple, voir un site historique ou naturel défiguré par des constructions anarchiques ou un panneau de plastique cloué sur le mur d’un manoir ottoman. Aujourd’hui, ce qui me pèse un peu, ce sont les rebondissements de l’actualité au quotidien, il se passe souvent « quelque chose » qui nous met sur le qui-vive, un séisme, une catastrophe, des accidents spectaculaires, des fluctuations économiques ou des déclarations fracassantes de politiciens, on ne peut pas vraiment « dormir sur ses deux oreilles »… Mais au bout de tant d’années en Turquie, je suis devenue  beaucoup plus adaptable et je me fais plus de souci pour des broutilles.  De plus, le fait de vivre dans un pays étranger, avec d’autres habitudes, a enrichi ma personnalité. Aujourd’hui, d’ailleurs, je me sens façonnée par ce mélange des cultures. Je ne suis plus entièrement française, pas complètement turque, je suis devenue une personne multi-nationale.

Former un couple mixte franco-turc

On me demande souvent ce que je pense du mariage mixte. En réalité, je le comparerais à un défi car il suppose comme principe l’acceptation et le respect de la différence, la règle de base étant de ne pas chercher à faire changer l’autre pour lui imposer sa propre culture. Le mariage mixte ne pose aucun problème tant qu’il ne concerne que deux personnes car l’empathie est facile envers quelqu’un que l’on aime. Mais dès que le couple sort de sa bulle, il se trouve confronté aux familles et à la société, qui elles, ne font pas toujours preuve de tolérance. La première pierre d’achoppement est constituée par l’éducation des enfants car c’est là que les pressions commencent à apparaître, depuis le choix du prénom jusqu’à la religion, en passant par l’école où les enfants vont étudier. En ce qui nous concerne, nous avons voulu élever nos enfants dans la double culture ; dès la naissance, mon époux s’adressait à eux en turc et moi en français. Il y a toujours eu deux langues à la maison. Nous avons toujours fêté les fêtes religieuses des deux religions. Il est vrai que nous n’étions pratiquants ni l’un ni l’autre et que nous avions posé dès le départ comme principe le respect de notre double identité. Le mariage mixte est une école de tolérance, qui demande de la diplomatie, des concessions et un grand sens de l’humour car il faut être capable de rire avec les sujets qui pourraient dégénérer en conflit. Il me semble que la double culture, lorsqu’elle est bien vécue, constitue un formidable enrichissement pour les parents et les enfants.

Devenir écrivaine française en Turquie

Lorsque  je suis venue vivre en Turquie, j’écrivais déjà, surtout des poèmes. Mais après mon installation à Istanbul, je me suis orientée davantage vers le roman parce qu’il fallait absolument que j’exprime le choc culturel que j’étais en train de vivre. Au début, comme je ne parlais pas encore le turc, je restais parfois des heures dans des repas ou des réunions sans pouvoir m’exprimer et faute de pouvoir parler, j’écoutais. Ce sont ces longues séances d’observation silencieuse qui m’ont offert de nouveaux sujets d’inspiration et ont ainsi constitué la genèse de mes trois premiers romans sur la Turquie, La Trilogie d’Istanbul, avec Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul et Secrets d’Istanbul. Ensuite, je me suis passionnée pour l’histoire turque et j’ai consacré huit ans à écrire deux romans historiques sur des sultanes du moyen-âge, La Sultane Mahpéri et Sultane Gurdju Soleil du Lion. Tous mes livres depuis ont eu pour sujet la ville d’Istanbul et l’histoire turque, ils sont publiés conjointement en français et en turc mais la majorité de mes lecteurs et lectrices est en Turquie. Je crois que je suis tombée amoureuse de la ville d’Istanbul car il existe une correspondance parfaite entre ma sensibilité personnelle et cette ville baignant dans l’eau, pétrie de souvenirs de toutes les cultures, constituée d’une mosaïque de gens différents. C’est la ville qui m’inspire en tant qu’écrivain.

Les livres de Gisèle Durero-Koseoglu

Vivre dans les livres franco-turcs

En 2011, nous avons créé aux Editions GiTa Yayinlari, avec mon fils aîné Aksel Köseoglu, qui en est l’éditeur, la collection « Istanbul de Jadis » qui a pour vocation de rééditer en français et de traduire en turc d’anciens livres écrits sur la ville d’Istanbul et dont j’écris généralement les préfaces. En 2012, c’est mon fils cadet Erol Köseoglu qui a composé les musiques de ma pièce de théâtre musical Janus Istanbul, publiée avec un CD et dont le sujet concerne les deux identités. Nous sommes vraiment à cheval entre deux pays et deux cultures. En ce qui me concerne, mon souhait ? Terminer vite le roman que je suis en train d’écrire, qui se passe en Turquie et en France et écrire encore de nombreux livres sur Istanbul, cette ville époustouflante que j’adore…

Blog Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul : http://gisele.ecrivain.istanbul.over-blog.com

Blog Littérature au Firmament. Littérature-Edebiyat : https://giselelitterature.blogspot.com

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