Cathie Hubert : Voyage vers la Turquie à travers les images

Professeur de Français de Formation et titulaire d’un master en études cinématographiques, j’ai commencé ma vie professionnelle en enseignant à l’étranger, tout en écrivant des articles pour des revues de cinéma et pour la radio pendant le festival du film de Cannes. Par la suite je suis devenue aussi artiste peintre et designer textile, tout en continuant à écrire et à enseigner.

J’ai donc une passion pour les mots, l’écriture, l’Art et tout ce qui touche à la créativité, au rêve, à la poésie ( J’ai publié deux livres de poésies inspirés de l’Art lyrique). J’aime le cinéma, l’histoire, la poésie, la musique , les livres, les cultures qui se répondent.

Les paysages m’inspirent des mots, des dessins, des peintures, je voudrais avoir plusieurs vies pour explorer tout ce qui me fait vibrer.

Un témoignage très particulier sur la Turquie

Mon témoignage est particulier puisque je ne suis jamais allée en Turquie. La Turquie et notamment Istanbul font partie de ce monde rêvé, qui ne cesse de m’appeler.

J’ai rêvé cette Turquie avant de m’y rendre, contrairement aux autres témoignages ici et c’est donc l’esquisse de ce rêve dont je vais parler. Lorsque nous avons du être confinés en Février 2020 , j’étais en partance pour Istanbul.

Istanbul me fait rêver parce qu’elle est au croisement de l’Orient et de l’Occident, un pont symbolique entre les deux, le creuset de plusieurs cultures et religions, mais aussi la capitale de trois empires, Romain, Byzantin, Ottoman. De part et d’autre du Bosphore, passage vers l’Europe, elle semble flotter entre deux rives. Et de France, si l’on songe comme moi à s’y rendre par les terres, un périple magnifique. C’est ainsi que je souhaite y aller, traverser la France et la Grèce et accoster en bateau le long de ses rives. J’ai en tête que cette ville se mérite, j’ai en tête un éblouissement.

Un premier voyage suivant les pas des poètes et des réalisateurs

J’y ai d’abord voyagé en lisant la poésie de Nazim Hikmet , Yunus Emre, Ayten Mutlu et Rûmî qui habitait en Turquie. Les poètes, quelque soit leur culture, toujours sentent et hument l’air du temps et nous restituent l’essence d’un paysage, d’une culture. J’ai donc abordé la Turquie par leurs mots et ceux de quelques écrivains découverts au fil de mes recherches, plus récemment Elif Shafak que j’aime beaucoup. C’est dans son livre magnifique que j’ai découvert la rencontre en Rûmî et Shams de Tabriz le derviche Tourneur. Je ne peux hélas lire que des traductions, mais j’espère un jour progresser dans cette langue si belle à entendre.

J’ai également découvert le cinéma turc il y a de nombreuses années pendant le festival International de Cannes, pratiquement le seul à programmer des films turcs pendant longtemps, dont les films de Nuri Bilge Ceylan “Winter’s sleep” (Kış Uykusu) , palme d’or en 2014 ou ceux de Yılmaz Güney entre autres…

Vers le monde des séries turques

Comme nous sommes au 21ème siècle et donc à l’ère des séries et d’internet, mon envie d’aller en Turquie s’est accélérée, lorsque j’ai découvert par hasard sur Netflix France, la série Kara Para Aşk en version originale, réalisée par Ahmet Katıksız et produite par Ay Yapım avec Tuba Büyüküstün et le génial Engin Akyürek.

L’histoire se passe à Istanbul et pour une Française déjà attirée par le pays, cette série policière qui parle d’amour, outre un scénario superbe, est un florilège culturel fantastique: la nourriture, les marchands de simit et le çay, le sens de l’hospitalité et celui de la famille, la gentillesse des gens, l’architecture époustouflante et les bateaux sur le Bosphore, la nuit scintillante au bord de l’eau et le perpétuel foisonnement de la ville. J’ai non seulement regardé les 164 épisodes, moi qui ne regardais pas de séries, mais dans la foulée, trouvé sur le net tout ce qui concernait l’acteur principal, Engin Akyürek, totalement inconnu en France jusqu’alors et qui m’est apparu tout de suite comme un interprète exceptionnel à l’envergure Internationale et pourtant tellement ancré dans sa culture. J’ai donc vu Fatmagül, Ölene Kadar, Bir Bulut Olsam, ses films de long métrage, et bien sûr Sefirin Kızı (La fille de l’Ambassadeur de Emre Kubakuşak) actuellement diffusé en Turquie et que l’on espère en France en 2021.

Séries turques, un puissant phénomène artistique international

Je me suis aperçue que le phénomène des séries ouvre des portes jusqu’alors inaccessibles, puisqu’elles sont diffusées hors de leur pays, un peu partout dans le monde, contribuant ainsi à transmettre certains aspects d’une culture ou d’un pays en l’occurrence ici la Turquie. Mon ami Zafer Yılmaz, de l’Université Hacettepe à Ankara en a fait le sujet de sa thèse, c’est dire si le phénomène est important. Bien sûr elles n’abordent pas les sujets politiques, mais elles ont le mérite d’ouvrir des brèches, de toucher les citoyens du monde et peut être sans le savoir de permettre à ceux qui les regardent d’aller chercher plus loin.

La France étant un pays ou la presse culturelle, pour laquelle j’ai un temps travaillé, préfère parler de cinéma d’auteur, il est donc plus difficile pour un français d’accéder à ces séries (contrairement aux pays latins Espagne, Amérique du Sud). Mais nous avons tort de les négliger, elles transmettent des pépites insoupçonnées.

Grâce à Kara Para Aşk, j’ai découvert l’Association des Turquoises à Paris, commencé à m’intéresser à la diplomatie culturelle et à ce qui se passe en Turquie, relu la poésie turque, découvert le Zeybek, les danses traditionnelles, rencontré des gens qui naviguent entre les deux cultures françaises et turques, discuté en ligne avec des Turcs qui sont devenus des amis et tant d’autres choses. Ce matin même, en me promenant sur ma plage préférée dans le Finistère, je découvre qu’une de mes amies en vacances, vient de commencer à regarder une série sur Netflix et que cette série a changé sa façon de voir les turcs et j’apprends que c’est Black Money Love; Kara Para Aşk !

Je vais m’arrêter là mais il me semble que le moment est venu pour les Français de visionner les films et séries de ce magnifique pays et j’aimerais favoriser, en tant que citoyenne du monde, ces ouvertures vers une culture qui nous est proche et pourtant si lointaine. Puisqu’il est difficile en ce moment de voyager et bien, cela nous laisse le temps d’élaborer un projet et j’y songe déjà. Nous avons tant à apprendre les uns des autres!

Cathie Hubert

Artiste, auteur, professeur de Français,

Rédactrice cinéma qui aimerait faire découvrir les films et séries d’Engin Akyürek en France.