Témoignage de Cathie Hubert

Engin Akyürek, acteur-auteur.

Issue d’une famille d’artistes, Française d’origine Espagnole, je suis artiste peintre et sérigraphe textile, j’ai une galerie d’art et d’artisanat en collaboration avec d’autres artistes et vis au bord de l’océan en Bretagne. J’ai une fille de 23 ans, artiste peintre à Londres. Prof de français langue étrangère en GB et au Canada, , je suis trilingue Français, Anglais, Espagnol et j’apprends actuellement le Turc. Avec un master et un DEA en études cinématographiques, j’ai enseigné l’histoire et l’esthétique du cinéma à l’Esra Nice et au collège International de Cannes, travaillé plusieurs années pour le service presse télévision du Festival du film de Cannes, écrit de nombreux articles sur le cinéma, travaillé pour des festivals, organisé des expos et concerts classiques, animé des rubriques cinéma à la radio, et publié deux livres poétiques et artistiques sur l’opéra. J’aime tout ce qui est créatif. J’écris de la poésie et des textes poétiques sur ce qui m’inspire ou résonne en moi: films livres, opéras, paysages, art… Et puis, je crois fermement que la culture et l’art sous toutes ses formes, créent des ponts entre les gens, les nationalités, les pays. Par conséquent, je suis naturellement curieuse de tout ce qui est différent et comment ces différences nourrissent notre propre culture. La Turquie son histoire, sa richesse culturelle, ses habitants, m’ont toujours fascinée.

Un soir en 2019, en cherchant un film sur Netflix France, j’ai découvert la série Turque “Kara para aşk” en v.o, 164 épisodes de 45ms ( voir filmographie plus bas) C’est ainsi que je suis entrée dans l’univers d’Engin Akyürek, acteur hors normes, quasiment inconnu en France.

N’ayant jamais regardé de “ Dizi” ( séries Turques, une véritable institution en Turquie qui est le second exportateur de séries au monde), et plutôt adepte des films de ciné clubs, j’ai pourtant visionné la série entière en quelques semaines, captivée par le personnage principal, l’histoire, le traitement narratif et Istanbul bien sûr, ville mythique dans laquelle se situe l’histoire. Puis j’ai cherché tout ce que cet acteur avait tourné. Disponible en vo en France, il n’y avait que KPA et je me suis donc retrouvée dans les circuits de diffusion non officiels en ligne, un univers parrallèle, inconnu de moi jusqu’alors. Traductions approximatives, du Turc en Anglais et de l’Anglais en Français, je vous laisse imaginer la déperdition. Mais qu’importe, l’engouement pour cet acteur est tel, qu’il existe un monde secret, totalement dédié au visionnage de ses séries et films, impossibles à voir en France, dans les circuits officiels. J’ai donc tout regardé petit à petit depuis ses débuts en 2004.

Et puis, à l’Automne 2020, quelques mois avant que le monde ne s’arrête avec le confinement, la série “Sefirin Kizi” ( la fille de l’ambassadeur) a démarré sur Star TV en Turquie, tous les lundis, en quasi direct ( lorsque l’on regarde un épisode le suivant est en cours de tournage et ce jusqu’au dernier épisode qui vient de se terminer le 10 Mai 2021 ). Cette série dont j’ai longuement parlé dans mon blog consacré à l’acteur, restera pour moi celle du confinement. Avec la fermeture des théâtres, opéras, musées, cinémas, les nourritures spirituelles qui font vibrer notre âme, nous ont grandement manquées. Il nous restait les livres et les histoires sur internet. Le miracle du virtuel nous a fait cadeau d’une histoire et surtout d’un acteur qui fait son métier comme les autres, sauf qu’ il y a en lui ce supplément d’âme si touchant, cette façon d’habiter ses personnages, qui le placent immédiatement dans la cour des grands (voir mon article Engin Akyürek acteur lyrique). J’ai donc traversé avec lui ces temps tourmentés, où le monde a vécu dans l’obscurité. Je n’étais pas la seule. Des quatre coins de la terre, chaque lundi, des femmes et des hommes de tous les horizons, de toutes les langues et de tous les âges, sont venus, fidèles au rendez vous, oublier quelques heures leur isolement, la maladie, la séparation avec ceux qu’ils aiment, leurs chagrins, leurs soucis, leurs projets, leur travail, et cette menace au dessus de nos têtes. Et tout cela en Turc, sans sous-titres avec le lendemain, une traduction faite pendant la nuit par des fans de la série.

Sefirin Kizi marque un tournant dans la carrière de l’artiste. Malgré certaines incohérences du scénario ( aux yeux d’une Française), il crève l’écran dans le rôle de Sancar efe. Il y a chez lui cet éclat inhabituel. Il nous emporte, et nous donne à rêver. Il allume de grands feux qui brûlent dans notre âme. Il peut tout jouer et mérite une reconnaissance Internationale. Outre son talent d’acteur, il est aussi auteur de nouvelles, pour le magazine Kafasina Göre Dergi et a publié un premier livre “Sessizlik” en Turc, traduit en Espagnol ( les pays latins s’arrachent ses écrits) et un second livre est en cours ( les recettes de ses livres sont reversées à une association caritative pour les enfants en Turquie). Car Engin Akyürek est aussi un homme modeste et généreux. Travailleur acharné, discret, il accorde peu de temps aux aléas de la célébrité. Totalement atypique dans le monde des “Dizis” il mérite des rôles à sa mesure.

Il me fallait écrire à son propos, tant l’émotion était présente. J’ai commencé un blog inspiré de son travail dans Sefirin Kizi, une série de portraits en réaction à son talent.

La découverte de cet artiste a aussi ouvert pour moi de nouveaux horizons. J’ai rencontré des amis Turcs, Français, Bulgares, Russes, Iraniens et j’en passe, retrouvé d’anciens amis perdus de vue, parlé à des gens du monde entier, relu Rumi, lu de nouveaux écrivains Turcs, et j’apprends le Turc, pour comprendre les films, lire la poésie et aller à Istanbul!

Mon ami Zafer Yilmaz, pour sa thèse en audiovisuel à l’université d’Ankara, a conduit en 2020, une enquête/ étude sur le phénomène des fans de l’acteur dans le monde, et comment ce phénomène est lié à la diplomatie culturelle ou soft power (hors gouvernements). Il nous en parlera avec résultats à l’appui, dans ce dossier Turquoises sur Engin Akyürek. Le phénomène des séries Turques et du soft power fait l’objet d’études et de discussions. Le comité France Turquie, qui existe depuis 1949, vient d’organiser une conférence en ligne à ce propos. Mais, dans le cas d’Engin, cette relation est démultipliée, les spectateurs se mettent à apprendre le Turc, d’autres voyagent sur tous les lieux de tournage, certains auteurs, critiques de cinéma, profs de théâtre ( Espagne) professeurs de literature ( Pakistan) interviennent à son propos sur les réseaux sociaux , des gens du monde entier font des dons pour son oeuvre caritative pour les enfants. C’est un acteur universel qui dépasse les frontières.

J’aimerais le faire connaître du public en France et dans les pays Francophones, pour que nous puissions avoir accès à ses films et séries sur nos chaînes et en v.o mais aussi au cinéma. J’ai pour cela imaginé un groupe de travail pour m’aider dans cette tâche. Denise, Lynda et Aude vont s’y atteler avec moi ( voir leur témoignage). Nous voulons essayer de trouver un éditeur pour faire publier son livre en Français. Ce livre, traduit en espagnol et d’autres langues, rencontre un franc succès en Amérique latine, en Espagne et ailleurs, il mérite d’être traduit en Français et trouvera son public. Nous avons donc deux projets en tête: d’une part, le livre et d’autre part organiser avec un cinéma partenaire à Paris, un festival dédié à l’acteur, pendant un long week end. Ce serait un point de départ formidable, qui permettrait de le faire découvrir. Nous y travaillons et ceux qui veulent nous aider sont les bienvenus!

Merci à mon ami Ali Turek et aux Turquoises, de nous ouvrir un espace sur leur site fantastique!

Ce dossier commence par nos quatre témoignages et l’étude de Zafer Yilmaz, il est le point de départ de belles aventures à venir et de collaborations Franco-Turques bien sûr.

Cathie Hubert

Artiste, designer, professeur, auteur.

Le 26/05/2021