Témoignage de Lynda Bailleux

Selon votre pays ou votre culture on les appelle « feuilleton », « soap », « mouselssel », « telenovelas » ou bien « dizi »

Je suis une enfant de la télé, sans plagier l’émission du même nom.

A chaque période de ma vie, et pour employer plutôt le terme approprié aujourd’hui : je pratique le “binge-watching”, telenovelas soap, ou les 2 à la fois, depuis mes plus jeunes souvenirs.

Et puis est arrivé jusqu’à moi le dizi turc…le choc, le renouveau, une qualité de production, les acteurs : bouche bée. Se dévoilait devant moi une partie du monde que j’avais négligé depuis tout ce temps déployant un soft power extrêmement efficace…la Turquie…Istanbul et ses quartiers, les us et coutumes si familiers et étrangers à la fois…Comment ai-je pu passer à côté. Moi berbère du Maghreb, probablement descendante d’un janissaire exilé à Alger au temps de Soliman ! Mais non !

J’étais sur Alger comme très souvent, nous étions vers la fin des années 2000. Sachant complétement démodés les « mousselsel » égyptiens, j’ai demandé tout de suite à mes tantes et cousines accrochées à leur petits écrans (d’ordinateurs connectées à la chaîne Qatari à succès MBC au nez creux pour ce type de programme). Et elles m’ont répondu: « mais tu connais pas Mohanad ?!!! Le beau turc blond aux yeux bleus dans Ask-i memnu ??!! et en plus il y a de vrais bisous !!»

OMG, je ne connaissais pas. C’était le début de cette aventure non seulement divertissante (vues d’Istanbul et les bords du Bosphore) mais aussi celle de ce fil de pelote qui me mènera assez rapidement au phénomène EA.

 Je m’appelle Lynda, et j’adore les dizis !

Je suis française , fille d’immigrés algériens comme on dit.

Mais plus simplement j’ai des parents qui ont été très attachés à leurs racines. Une chance pour moi, j’ai alors bourlingué dès 6 mois avec eux entre Paris et Alger. Quel bonheur !

J’ai eu une instruction banlieusarde jusqu’à la fac assez moyenne. Et  

puis j’ai découvert les sciences économiques, je suis devenue littéralement passionnée. J’ai lu, appris tout ce qui touchait à l’économie, à savoir à peu près tous les domaines qui touchent l’humain (bizarrement pour les plus orthodoxes).

Cette passion dévorante m’a mené vers des chemins très surprenants mais non moins extraordinaires : la Science Politique, l’Histoire, la Sociologie, l’agronomie, la philosophie, l’anthropologie, l’Art, la Littérature…

Ma vie et mes convictions se sont naturellement tournées vers ce qu’on appelait la multidisciplinarité. Mon premier employeur fut un grand opérateur de téléphonie mobile. J’avoue ne pas bien comprendre comment et pourquoi ma place s’est trouvée là dans ce domaine, au milieu de gens qui ne connaissaient ni Pierre Bourdieu, vaguement Aristote, et violemment la « terreur rouge » Marx …Que faire ?

Au lieu d’être contactée par la Banque Mondiale, par les plus grosses ONG dédiées au développement économique hétérodoxe, me voilà prise dans les rouages et enjeux d’un monde informatique en pleine mutation, la bulle internet et plus récemment la digitalisation de « nos usages »…Pendant 20 ans,  j’ai travaillé avec des ingénieurs informaticiens. Aujourd’hui, je pense avoir trouvé ma voie. J’excerce le métier de responsable de communication interne dans une très grosse entreprise française.

J’allie ma culture générale et la passion que j’ai toujours gardée pour ce monde qui m’entoure, ses tenants et aboutissants et mes besoins personnels, qui sont le contact avec les gens, le rire , la convivialité, la créativité, et plus que tout l’énergie.

Cette période m’a aussi amené le bonheur d’être maman, ALIA mon trésor, mon unique. 

Dans ces mondes parallèles qui sont à la base de ma vie, arrive EA !

Ces dizis turcs et plus globalement la Turquie sont une de ces branches qui a grandi assez vite. Je les ai très vite intégrés à ma vie quotidienne. C’est une des seules fois (à part une branche qui s’appelle Bollywood et l’Inde…d’ailleurs l’onirisme qu’on y trouve est tout à fait théâtral et fantomatique…mais c’est une autre histoire) où j’ai senti qu’il semblait y avoir plus que ce qu’on voulait bien nous montrer.

 Avant de visionner mon premier dizi Enginesque, j’avais vu des dizis racontant des histoires et interprétations assez touchantes (les dizis de Ibrahim Celikol m’ont également beaucoup marqué).

Ils m’ont en quelque sorte préparée à accueillir EA.

Je l’ai découvert avec Kara Para Aşk sur Netflix France en v.o.

Etant de base jusqu’au boutiste, quand je suis touchée par un acteur, un écrivain, je lis tout, je regarde toutes ses productions.

Et c’est ce qu’il s’est passé pour Engin Akyürek, j’ai tout regardé.

Et là, j’y ai vu et ressenti non pas un acteur qui prêche pour sa notoriété ou une espèce de reconnaissance « locale », limitée et suffisante,  mais un homme, un artiste, en quête de sens, de profondeur, une croyance dans ses personnages. Ils étaient lui, et lui étaient eux. Je ne suis plus uniquement captivée par l’intrigue comme avant, mais par sa simple présence, ses silences, son inquiétude, ses sourires.

Je ne veux visionner que ses scènes, les autres me semblent superficielles. Il porte sur son visage toute l’histoire.

Dès son apparition, nous sommes comme dans une bulle où tout d’un coup nous flottons avec lui, au gré de ses expressions.

Il veut nous toucher, nous embarquer, et il y parvient.

Pourquoi ses personnages sont-ils inoubliables, dans le désordre de sa filmographie : Omer, Daghan, Mustafa,Tekin, Kerem, Kerim, Umut, Sancar…C’est qu’ils nous disent chacun des vérités sur ce monde.

J’ai la conviction profonde que son identité turque anatolienne : cette urgence à vivre et à exister parce qu’il aurait pu ne pas exister, est le terreau dans lequel il puise cette émotion, la vraie celle qui ne voit pas la caméra. L’étoffe des très grands, la marque des icônes.

Il possède des nuances très riches dans son jeu non verbal.

Il m’a souvent fait pensé à un héros « austennien », à un Monsieur Darcy (à part le côté dédaigneux et hautain). J’ai beaucoup observé ses scènes de rencontres avec ses partenaires. C’est une délectation d’observer les évolutions psychologiques parallèles qu’il offre à ses personnages, et ce à travers des quiproquos, des obstacles humains, des trahisons et des destins floués (côté shakespearien). C’est flagrant chez Daghan, Umut…

Mais tout cela ce n’est finalement parvenir à l’élément central chez EA : ce sont ses réelles qualités de cœur.

 Revenons-en aux branches et ramifications !

En parallèle de ce cheminement tout personnel, j’ai rencontré digitalement parlant 3 personnes extraordinaires que la force du jeu de l’acteur n’a pas laissé indifférente.

J’ai remarqué sur les réseaux sociaux Cathie qui régulièrement écrivait des articles sur Engin. J’ai pris contact simplement avec elle.

Nous avons dès le début parlé de son autre facette : écrivain.

Là, Cathie m’a dit qu’elle avait le projet fou de faire traduire son livre en français. J’ai adhéré tout de suite à ce beau projet

 Qui, mieux que celles qui perçoivent en EA un acteur hors normes, un acteur qui répand cette magie du cœur autour de lui, peuvent faire rayonner son talent en France ? On ne peut faire l’impasse sur cet acteur, quand on évoque les acteurs qui comptent et qui font profondément du bien à l’humanité.

Avec Cathie en capitaine du navire…nous entamons une aventure grisante, qui nous mènera là où cela doit nous mener.

En tous cas , j’en suis !

 

Lynda Bailleux, Paris.